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Je Vous embrasse, mon cher ami, et suis Votre bien dévoué ami,
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Latest revision as of 11:59, 9 June 2019

Date 19 June/1 July 1890
Addressed to Édouard Colonne
Where written Frolovskoye
Language French
Autograph Location Paris (France): Private collection
Publication П. И. Чайковский. Полное собрание сочинений, том XV-Б (1977), p. 185–186
Notes Photocopy in Klin (Russia): Tchaikovsky State Memorial Musical Museum-Reserve

Text

French text
(original)
19 Juin/1 Juillet 189[0]. Kline, près Moscou

Mon bon et cher ami !

Non seulement je n'ai pas songé un seul instant à Vous en vouloir, mais au contraire, je me reprochais à moi depuis longtemps de ne pas Vous avoir écrit pour Vous féliciter et surtout V[ou]s remercier pour l'énorme service que Vous nous avez rendu. Vous avez obtenu à Moscou le succès le plus éclatant, qui jamais y ait été remporté et cela a couronné d'une manière magnifique la saison, qui avait été quelque peu compromise par les concerts qui ont précédé le Vôtre. Surtout ce pauvre Dvořàk a produit une facheuse impression; Napravnik (de l'opéra de S[ain]t Pétersbourg) est un chef d'orchestre de premier ordre, mais il avait la malencontreuse idée de composer son programme uniquement de ses compositions, qui sont peu goutées chez nous; enfin on commençait à murmurer, à se révolter, — quand Vous êtes venu et triomphé de la manière la plus décisive et brillante sur toute la ligne. Aussi le public moscovite et la Direction se bercent-ils de l'espoir que Vous reviendrez. Vous avez magistralement composé Votre programme et on m'a raconté comment le succés, déjà grand au debutt du concert, allait toujours en grandissant à mesure que Vous alliez plus loin et que finalement cela a été un beau et légitime triomphe. Quant à Vos qualités de chef-d'orchestre, — je prévoyais qu'elles provoqueraient ces transports d'enthousiasme.

Enfin j'en ai été énormément réjouis, mais ce qui double la satisfaction que j'en ressents c'est que Vous ayez enporté de ma chère ville de Moscou et de ses habitants un bon souvenir. Quele dommage que je n'ai pas pu Vous faire les honneurs de Moscou. Mais ma santé à force de fatigues et d'émotions diverses avait été assez gravement compromise et il fallait se reposer dans l'isolement et l'éloignement. J'ai bien profité de cet isolement, car il en résulte la partition d'un grand opéra pour la saison prochaine à S[aint] Pétersbourg.

Milles amitiés et respectueuses salutations à M[ada]me Colonne et mille tendresse pour ma petite amie, qui bientôt sera déjà ma grande amie.

Je Vous embrasse, mon cher ami, et suis Votre bien dévoué ami,

P. Tschaikovsky

J'adresse cette lettre à Aix-les-Bains; j'espère qu'elle Vous parviendra.