Letter 4068

Date 14/26 March 1890
Addressed to Félix Mackar
Where written Florence
Language French
Autograph Location Paris (France): Bibliothèque nationale de France, Département de la Musique
Publication Revue de musicologie, tom 64 (1968), no. 1, p. 75–76
П. И. Чайковский. Полное собрание сочинений, том XV-Б (1977), p. 98–99

Text and Translation

French text
(original)
English translation
By Brett Langston
Florence
26 Mars 1890
Hôtel Washington

Mon cher ami!

Ta lettre m'a fait bien du plaisir ; je te croyais un peu fâché contre moi à cause de mon trop long silence. Mais je n'écris depuis longtemps presqu'à personne et pour cause! Pense donc: en 6 semaines j'ai écrit un grand opéra (certainement l'instrumentation me reste encore)! Il fallait à tout prix qu'il soit terminé pour le printemps afin qu'on ait le temps de le graver, de distribuer les parties aux artistes avant leur départ pour les vacances, de commencer les études des chœurs etc. etc. C'est un opéra qui sera représenté au commencement de la saison prochaine, auquel la Direction des Théâtres Impériaux s'intéresse énormément, et dont le sujet a été approuvé' par l'Empereur! Tu conçois quel deploiement de forces il a fallu pour mener à fin cette terrible tâche. Aussi en suis-je bien fatigué et cette fatigue est peut-être la cause d'une indospositon qui dure depuis quelques jours et dont je ne puis me défaire. Je travaille en ce moment à la partition pour piano et chant.

Je te remercie mon cher ami pour ce que tu as fait pour M[ada]me Klimentowa. C'est une artiste de talent, mais je doute fort qu'elle obtienne à Paris les succés sur lesquelles elle comptait. Elle a eu il y a deux ans une grande maladie après laquelle sa voix a beaucoup perdu. Tu te trompes fort mon cher ami en croyant que c'est par calcul que j'ai arrangé l'invitation de Colonne à Moscou. Il nous fallait quelqu'un qui put remplacer Massenet qui nous avait indignement trompé et comme le nom de Colonne est très connu grâce à ses concerts, — il était de l'intérêt de la Société musicale Russe de le faire venir. Je voudrais bien qu'il jouat davantage mes compositions, mais ne lui ferai, ni à lui, ni à qui que ce soit, aucunes avances.

Je suis très content de ce que mon ballet plaise à M[ada]me Mackar ! Dis lui bien des choses de ma part !

Mon ami, je me sens tout à fait malade et ne puis pas écrire longuement. Bientôt je reprendrai la plume pour te donner de mes nouvelles.

An revoir! Merci encore pour ta lettre et ton amitié que je te rends bien, tu peux en ètre sûr.

Tout à toi,

P. Tschaikovsky

Florence
26 March 1890
Hôtel Washington

My dear friend!

Your letter made me very happy; I had thought you were a little angry with me because I've been silent for so long. But I haven't been writing to anyone for quite some time, and for good reason! Just imagine: in 6 weeks I've written a large opera (which certainly I still have to orchestrate)! It had to be finished by the spring at all costs, so that there would be time for it to be engraved, to distribute the artists before they leave for the holidays, to let the chorus to start studying it, etc. etc. This opera will be staged at the opening of the next season, it has the great interest of the Director of the Imperial Theatres, and its subject has been endorsed by the Emperor! You can imagine the amount of effort required to complete this terrible task. I'm also very tired, and perhaps this tiredness is the cause of an indisposition over the last few days of which I cannot shake off. At the moment I'm working on the score for voice and piano.

I thank you, my dear friend, for what you did for Madame Klimentova. She is a talented artist, but I very much doubt that she will achieve the successes she was counting on in Paris. She was very ill two years ago, after which her voice lost a great deal. You are very much mistaken, my dear friend, in believing that it was by calculation that I arranged Colonne's invitation to Moscow. We needed someone who could replace Massenet, who deceived us disgracefully, and as Colonne's name is well known, thanks to his concerts, it was in the Russian Musical Society's interests for him to come. I would like him to play more of my compositions, but I will not offer inducements to him, nor to anyone else.

I am very happy that my ballet pleases Madame Mackar! Say some nice things to her from me!

My friend, I feel very unwell and so cannot write for long. I shall be picking up my pen soon to give you news.

Until we meet! Thank you again for your letter and for your friendship, which you can be sure that I reciprocate.

Yours ever,

P. Tchaikovsky