Letter 3591

Date 14/26 June 1888
Addressed to Édouard Colonne
Where written Frolovskoye
Language French
Autograph Location Paris (France): Private collection [1]
Publication П. И. Чайковский. Полное собрание сочинений, том XIV (1974), p. 456–458
Notes Photocopy in Klin (Russia): Tchaikovsky State Memorial Musical Museum-Reserve

Text and Translation

French text
(original)
English translation
By Cristina Niculescu
Kline, près Moscou
14/26 Juin 1888

Mon cher et excellent ami!

Ce que Vous me dites de M[onsieu]r de Krotkoff' me navre, car c'est moi qui Vous l'ai présenté!!! Permettez-moi de Vous dire très franchement que j'ai toujours considéré M[onsieu]r de Kr[otkoff] comme un personnage nul, nayf, complètement dépourvu de talent, — mais parfaitement honorable et c'est cette dernière considération qui a fait que j'ai pris sur moi de Vous le recommander et pour ainsi dire de lui faire crédit auprès de Vous. D'ailleurs il m'avait montré des lettres qui démontraient qu'il agissait en qualité de délégué de la Section de la Société Impériale musicale russe de Smolensk, laquelle est administrée par des personnages tout a fait sûrs. Notamment le Marechal de la Noblesse de Smolensk, M[onsieu]r Khomiakoff, qui est très riche, avait positivement promis à M[onsieu]r de Krotkoff de lui fournir l'argent nécessaire pour les fairs de Concerts. Certainement il avait cru naïvement que cet argent rentrerait, — mais enfin c'est à lui de payer ce que la folie de M[onsieu]r Krotkoff a couté. La Section de Smolensk de la Société Impériale musicale russe existe et M[onsieu]r Krotkoff en est l'administrateur artistique; c'est à dire que les Directeurs de cette Section, le prenant au serieux, l'ont engagé il y a un an pour organiser à Smolensk des Concerts et y conduire l'orchestre.

Maintenant permettez moi de tracer la lingne de conduite que vous devez suivre dans cette affaire pour obtenir le payement de la dette de Krotkoff. Écrivez une lettre officielle à la Direction de la Société (Adressez la: Russie, Smolensk Direction de la Section locale de la Société musicale Impériale Russe). Racontez dans cette lettre comment je Vous ai présenté M[onsieu]r Krotkoff, comment j'avais constaté la parfaite honorabilité de leur représentant, comment j'avais notifié que M[onsieu]r de Khomiakoff avait assuré les frais du concert, et comment j'avais formulé ma confiance illimitée en le délégué d'une Société portant le titre «Impériale». Ajoutez dans cette lettre que si incontinent on ne V[ou]s envoie le montant de la dette, Vous Vous adresserez à l'Administration Centrale de Petersbourg et à l'Auguste Président de la dite Société pour obtenir ce qui Vous est dû.

Tout cela dans des termes aussi polis que possible, car ces pauvres Directeurs de Smolensk ne méritent pas le juste courroux que les procédés de M[onsieu]r Krotkoff doivent Vous inspirer. Je suis sûr que cette lettre aura de bons résultats. Dans tous les cas tenez moi au courant de cette affaire; car je suis fermement décidé d'obtenir le payement à force d'instances et au besoin à force de menaces. Vous ne sauriez croire combien je suis froissé, indigné, révolté en qualité de musicien russe de toute cette histoire! C'est collossalement bète!!! Je dis bète car positivement ce M[onsieu]r Krotkoff n'est pas ce que Vous pourriez croire, c'est à dire un personnagemalhonnète, non, pas du tout! C'est un homme très comme il faut, mais un naïf qui s'était imagine qu'il ferait de grosses affaires en exploitant l'enballement des Parisiens pour la Russie et que sous le patronnage du nom glorieux de Glinka il se ferait connaitre comme compositeur (car son intention était d'abord de jouer ses oeuvres à lui en même temps que ceux de Glinka).

Depuis longtemps je me proposai de Vous ecrir et de Vous dire combien sont vifs mes souvenirs parisiens; combien je suis heureux, content et fier de mes succès et aussi combien je Vous suis reconnaissant. Mais Vous m'avez prévenu, mon cher ami! Sachez que j'ai conservé de Vous, de Votre charmante femme, de la délicieuse Alice et de Votre accueil cordial, un souvenir ineffaçable! Très souvent je pense à Vous tous et je songe avec la plus grande joie au plaisir que j'aurai à Vous revoir. Car il est bien certain que dans le courant de la saison prochaine je viendrai à Paris, ne fut-ce que pour revoir mes amis Parisiens, ne fut-ce que pour respirer l'air de Paris.

Je travaille assidument à une symphonie; je jouis de ma vie paisible et laborieuse et je tâche de faire ma provision de santé pour la saison prochaine, car il faudra encore voyager.

Je me mets aux pieds de M[ada]me Colonne, j'embrasse ma charmante petite amie. Je Vous serre bien cordialement la main et me dis Votre très affectionné et devoué ami.

P. Tchaikovsky

Mille pardons pour la mauvaise ecriture; j'écris à la hate, car je ne veux pas manquer une bonne occasion d'expédier la lettre aujourd'hui.

Klin, near Moscow
14/26 June 1888

My dear and excellent friend!

I am grieved by what you tell me about Mr Krotkov, as it was I who introduced him to you!!! Please permit me to tell you most frankly that I have always considered Mr Krotkov to be a vacant and naivet person, completely devoid of talent — yet perfectly honourable, and it was this latter consideration which caused me to take it upon myself to recommend him to you and, so to speak, to gain favour with you. Besides, he had shown me letters proving that he was acting in the capacity of a delegate of a branch of the Imperial Russian Musical Society in Smolensk, which is managed by thoroughly reliable persons. In particular, the Noble Marshall of Smolensk, Mr Khomyakov, who is very rich, had positively promised to provide Mr Krotkov with the necessary money for organising the Concerts. No doubt he foolishly believed that this money would be repaid, but ultimately it is up to him to pay for Mr Krotkov's folly. The Smolensk branch of the Imperial Russian Musical Society does exist, and Mr Krotkov is its artistic manager; that is to say, the directors of this branch take him seriously, having engaged him last year to organise concerts and to conduct their orchestra in Smolensk

Now please allow me to outline the course of action you must follow in this matter in order to recover Krotkov's debt. You should write an official letter to the Directors of the Society (Addressed to: Russia, Smolensk Directorate of the local branch of the Imperial Russian Musical Society). You should explain in this letter how I introduced to you Mr Krotkov, how I remarked that their representative was perfectly honourable, how I gave notice that Mr Khomyakov had indemnified the costs of the concert, and how I have expressed my unlimited confidence in a delegate of a Society bearing the title "Imperial". Also mention in this letter that if you are not sent the amount owed forthwith, you will address the Central Management in Petersburg and the august President of the said Society in order to obtain what is due to you.

You should phrase all this as politely as possible, for those poor Smolensk Directors do not deserve the righteous indignation that Mr Krotkov's activities arouse in you. I am sure that such a letter will have positive results In any case, please keep me informed on this matter, because I am determined to obtain the payment by means of mediation and if necessary by means of threats. As a Russian musician, you would not believe how furious, indignant and revolted I am by this whole story! It is colossally stupid!!! I say stupid because this Mr Krotkov is positively not what you might imagine, that is to say a dishonest person: no, not at all! He is a very proper man, but one who naively imagined that he would do great business by exploiting the Parisians' enthusiasm for Russia, and that by using Glinka's glorious name he would make himself known as a composer (because his primary intention was to play his own works at the same time as those of Glinka).

For some time I have intended to write and tell you how vivid my memories of Paris are; how happy, content and proud I am of my successes, and also how grateful I am to you. But you did warn me, my dear friend! Just know that I retain indelible memories of you, your charming wife, the delicious Alice and your cordial welcome! I think of you all very often and I anticipate seeing you again with the greatest of pleasure. Because it is quite certain that in the course of the next season I shall come to Paris, if only to see my Parisian friends again, and to take in the Parisian air.

I am working diligently on a symphony, enjoying my peaceful and hard-working life, and trying to maintain my health for next season, because it will be necessary to travel again.

I place myself at Madame Colonne's feet, and I kiss my charming little friend. I shake your hand warmly and remain your affectionate and devoted friend.

P. Tchaikovsky

I beg your pardon for the poor handwriting; I'm writing in haste because I don't want to miss the opportunity of sending this letter to you today.

Notes and References

  1. The autograph was auctioned on 8 April 1992 at the Hôtel Drouot in Paris. A scan of the auction catalogue (in which this letter appears as lot no. 128) was kindly provided by Lucinde Braun.