Letter 4424

Date 25 June/7 July 1891
Addressed to Bogomir Korsov
Where written Maydanovo
Language French
Autograph Location Klin (Russia): Tchaikovsky State Memorial Musical Museum-Reserve (a3, Nos. 242, 236)
Publication Советское искусство (6 May 1940), p. 2
Советская музыка (1959), No. 1, p. 77 (Russian translation)
П. И. Чайковский. Полное собрание сочинений, том XVI-А (1976), p. 160–161

Text and Translation

French text
(original)
English translation
By Brett Langston
25 Juin 1891
Моск[овская] губ[ерния], г[ород] Клин

Très estimé Богомир Богомирович!

Avec la meilleure volonté du monde il me serait tout à fait impossible de changer quoique ce soit dans les deux passages que Vous m'indiquez dans Votre aimable lettre. Ces quelques mesures sont la premiere exposition du Leitmotif des trois cartes, qui ensuite reviendra bien souvent dans la suite de l'opéra. Si c'était un simple récitatif ou bien un épisode mélodique peu important, — je ne demandrais pas mieux que de le changer de manière à le rendre plus facile pour Vous, mais quand Vous connaitrez l'opéra en entier, Vous comprendrez que ce n'est pas caprice ni opiniatreté que je me refuse de satisfaire, Votre désir. En effet ce mouvement ascendant de la gamme chromatique accompagné par une suite d'intervalles dissonants, — est le motif que revient toujours dès qu'il s'agit des trois cartes miraculeuses et il faut à tout prix que ce refrein des couplets de la ballade reste intact. Je Vous prie donc instamment d'étudier la chose telle qu'elle est ecrite. Je doute cependant que cela soit tellement en dehors du régistre de Votre voix. Le fait est que cela doit être plutôt chuchoté, mystérieusement articulé que chanté. D'ailleur l'accompagnement ici est tout ce qu'il y a de plus pianissimo et ne Vous gènera en rien. La phrase: «Три карты, три карты, три карты» est une espèce de parlando que Vous saurez parfaitement rendre malgré la tessiture basse de la mélodie. Et plus Vous ferez cela en étouffant Votre voix, comme quelqu'un qui raconte une chose effrayante et mystérieuse, - plus Vous ferez d'effet dans la conclusion de la ballade où le même refrein se chante une octave plus fort dans Votre meilleur régistre. Je suis sûr que quand Vous aurez murement reflechi à la chose et surtout quand Vous connaitrez l'opéra en entier et son instrumentation trés discrète et délicate (j'ose le dire) Vous changerez d'avis et conviendrez que je n'ai pas eu tort de faire chanter à un bariton quelques mesures dans un régistre très bas.

Recevez l'expression de mes meilleurs sentiments et ne m'en veuillez pas.

P. Tschaïkovsky

25 June 1891
Moscow province, town of Klin

Most esteemed Bogomir Bogomirovich!

With the best will in the world, it would be impossible for me to make any changes to the two passages that you indicated in your kind letter. These few messages are the first exposition of the Leitmotiv of the three cards, which then frequently return in the rest of the opera. If it were a simple recitative or an unimportant melodic episode — I would not ask for anything better than to change it in order to make it easier for you, but when you are familiar with the whole opera, you will understand that this is neither a whim nor obstinacy with which I decline to satisfy your desire. Indeed, this upward movement of a chromatic scale accompanied by a series of dissonant intervals is the motif which always occurs with regard to the three miraculous cards, and it is necessary at all costs that this refrain of the verses in the ballad remains intact. Therefore I urge you to study the thing as it is written. I doubt, however, that this is really out of your vocal register. The point is that it must be whispered, mysteriously articulated, rather than sung. Besides, the accompaniment here is mostly all pianissimo and will not cause you any difficulties whatsoever. The phrase "Three cards, three cards, three cards" is the sort of parlando that you will be able to render perfectly, notwithstanding the low tessitura of the melody. And you will perform this by stifling your voice, as if one were recounting some frightful and mysterious thing — you will have more of the same effect in the conclusion of the ballad, where the same refrain is sung an octave higher in your best register. I am sure when you have had the opportunity to reflect on the matter, and especially when you come to know the opera as a whole, and its very discreet and delicate instrumentation (dare I say), you will change your mind and concur that I was not wrong to give a few bars to a baritone to sing in a very low register.

Accept the expression of my best regards, and please do not be angry with me.

P. Tchaikovsky