Letter 4550

Date 14/26 November 1891
Addressed to Bogomir Korsov
Where written Maydanovo
Language French and Russian
Autograph Location unknown
Publication Советская музыка (1959), No. 1, p. 78–79 (Russian translation)
П. И. Чайковский. Полное собрание сочинений, том XVI-А (1976), p. 268–270
Notes Typed copy in Klin (Russia): Tchaikovsky State Memorial Musical Museum-Reserve

Text and Translation

Based on a typed copy in the Klin House-Museum Archive, which may contain differences in formatting and content from Tchaikovsky's original letter.

French and Russian text
(original)
English translation
By Brett Langston
14 Novembre 1891
Майданово

Cher Богомир Богомирович!

J'ai lu votre libretto jusqu'au bout avec intéret et plaisir. C'est un travail très-sérieux, plein d'ingéniosité et qui fait honneur à votre érudition autant qu'à votre faculté inventive. Mais... plus je lisais et plus je m'apercevais que votre sujet m'éblouissait, me charmait — mais ne me touchait pas. Chose étrange! Le premier acte est le seul qui soit capable de me remuer et de réchauffer mon âme de musicien. Les deux amants s'y trouvent dans une position touchante, je les plains, je les aime et cela suffit pour que l'inspiration vienne. Ensuite Bauldour disparait, on en parle mais on ne la voit pas, et quant à Pécopin, — ses aventures, ses hauts faits, la part qu'il prend à la Chasse noire, ses emballades en série, — tout cela est fort intéressant et plein d'imagination, mais cela cesse d'être un canevas d'opéra pour devenir...... un magnifique canevas pour ballet. Oh, s'il s'agit de faire de Pécopin un ballet, — que le Directeur accepte ce sujet, gue M[onsieu]r Petipas me fasse le programme des danses, — je veux bien en faire la musique dans un avenir plus ou moins lointain (Je veux pendant deux ans, ou un an au moins, cesser d'écrire pour le théâtre, éprouvant une espèce de fatigue, de lassitude à travailler toujours dans le même genre). Mais j'aurais beau vouloir faire de mon mieux pour illustrer musicalement Pécopinopéra, — cela ne reûssirait jas. Remarquez le choix que j'ai toujours fait pour écrire un opéra; c'est toujours des sujets où agissent des êtres humains en chair et en os, avec leurs passions, leurs misères, leurs larmes, leurs joies! J'admets l'élément fantastique mais à condition qu'il n'empêche pas mes personnages de vivre d'une vraie vie. Pécopin et Bauldour (surtout elle) sont trop vagues, trop peu caractérisés pour que je les prenne au sérieux. J'ai pour eux tout autant de sympathie que pour «la belle au bois dormant», «le prince Désiré», «[...]», «Carabosse» etc. etc. Encore si tout ce qui arrive à Pécopin était sensé réel, — mais vous jetez un seau d'eau terriblement froide en en faisant un rêve. Sous ce rapport j'aime mieux la fin de la Légende, c'est à dire les deux amants devenus centenaires.

Je dois vous confesser que malgré mon Hugophobie j'ai lu avec grand plaiser la Légende. C'est tout bonnement délicieux et prouve d'une manière éclatante combien était riche l'imagination d'Hugo, ce dont je n'ai jamais douté. "Quant à votre désir de me faire passer dans les rangs des hugolatres, — cela ne peut arriver. J'ai horreur de ses images amplifiées, de ses métaphores, de ses antithèses, de ses phrases, de sa chasse continuelle aux effets, et surtout de sa лживость. Было бы смешно отрицать его громадный талант, - но это талант, или, если хотите, даже гений, мне стихийно антипатичный. Ещё произведения молодости, такие драмы, как «Люкреция», «Эрнани», «Анжело», соблазняют меня богатством драматических ситуаций и эффектами, — но Виктор Гюго новейшего времени, начиная с безобразных «Misérables» (простите за énormité), мне невыносим. В литературе я люблю только писателей, полных правды, — таковы Пушкин, Толстой, Шекспир, Гоголь, Диккенс, Теккерей, и только эти писатели или им подобные для меня ценны. Mais pour en revenir à Pécopin, — c'est tout à fait délicieux et il y a des choses que vous n'avez pas pu mettre dans votre libretto, mais qui sont peut-être les plus charmantes, par éxemple la scène avec les 4 saints.

Merci, cher ami, pour la bonne nouvelle que vous me donnez du succès croissant de vos couplets de la «Dame de Pique». Espérons que vous finirez par les faire bisser. C'est très gentil de votre part de m'avoir écrit ce petit billet.

Je serai très peiné si ce que je dis de votre libretto vous froisse, mais je tiens dans ces cas là à être tout à fait sincère. Je suis profondément convaincu que vous avez fait un magnifique libretto de ballet, mais non d'opéra, ou du moins ce n'est pas un sujet d'opéra qui me convienne, à moi, à mon individualité musicale. L'avez vous montré au Directeur? Je crois qu'il en sera enchanté mais dans le même sens que moi. Seulement ne croyez-vous pas que la fin, telle qu'elle est dans la Légende, soit plus poétique que la vôtre? Sur ce je vous serre cordialement la main te vous prie encore une fois de ne pas m'en vouloir.

Bien à vous,

P. Tschaïkovsky

P. S. Je dois ajouter qu'en lisant votre libretto je m'imaginais tout cela en russe. Dans cette langue (est ce parce q'elle est la mienne, ou bien est ce parce que tel est le génie de cette langue que tout ce qui n'est pas réel, terre à terre, pour ainsi dire, ne lui convient pas), Votre sujet perd énormement. Mais ce qui me parait impossible comme sujet d'opéra russe, cesse de l'être dès que je m'imagine mettant en musique les belles pièces de vers que vous avez choisies, mais composant sur le texte français. En général je dois vous rendre cette justice que vous avez beaucoup songé à fournir au musicien des occasions de déployer son savoir faire et son art. Tout cela est très musical. Seulement c'est: 1) un sujet pour ballet; 2) à la rigueur un sujet pour opéra français.

P. T.

Avez vous lu les livres d'Eduard Biré sur Hugo? Ne les lisez pas si vous ne voulez pas qu'Hugo comme homme se flétrisse dans votre imagination.

14 November 1891
Maydanovo

I read your libretto through to the end with interest and pleasure [1]. It is a most serious work, full of integrity, and a tribute to your erudition as much as to your faculty for invention. But... the more I read, the more I realized that your subject dazzled me, charmed me — but it did not move me. It is a queer thing! The first act is the only one capable of stirring me and warming my soul as a musician. There the two lovers are in affecting position — I pity them, I love them, and that is sufficient for inspiration to come. After Bauldour disappears, we talk about him but we do not see him, and as for Pécopin — his adventures, his deeds, his participation in the black hunt, his serial conquests — this is all very interesting and full of imagination, but although it ceases to form the canvas for an opera.... it is a magnificent canvas for a ballet. Oh, if Pécopin could be made into a ballet — and the Director were to approve the subject and Monsieur Petipa to provide me with a programme of dances — I would wish to do the music for it in the not too distant future. (I should like to stop writing for the theatre for two years, or at least a year, due to a sort of fatigue and weariness from constantly working in the same genre.) Although I am willing to do my best to illustrate Pécopin musically — it would never succeed as an opera. You will observe the choices that I have always made when writing an opera; these are always subjects in which flesh and blood human beings act according to their passions, their miseries, their tears, their joys! I accept an element of fantasy, but on the condition that it does not prevent my characters from living a real life. Pécopin and Baludoir (especially her) are too vague, too little characterized for me to take them seriously. I have as much sympathy for them as for "The Sleeping Beauty, "Prince Désiré", [...] [2], "Carabosse", etc. etc. If indeed everything that happened to Pécopin was supposed to be real, then you threw a bucket of terribly cold water into a dream. In this respect I prefer the end of the Légende, which is to say that the two lovers became centenarians.

I must confess that despite my Hugophobia, I read the Légende with great pleasure. It is simply delicious and vividly demonstrates how rich Hugo's imagination was, which I have never doubted. As for your desire to make me join the ranks of the Hugolâtres — this cannot happen. I detest his amplified images, his metaphors, his antitheses, his phraseology, his continual striving for effect, and especially his mendacity. It would be ridiculous to deny his enormous talent — but this talent, or, if you prefer, even genius, is fundamentally antipathetic to me. Although his younger works, such dramas as "Lucrezia", "Ernani", "Angelo", may seduce me with a wealth of dramatic situations and effects — the Victor Hugo of modern times, starting with the frightful Miserables (pardon my sacrilege), I find unbearable. In literature I only love writers who are wholly truthful, such as Pushkin, Tolstoy, Shakespeare, Gogol, Dickens, Thackeray, and only these writers or those of their ilk are important to me. But, to come back to Pécopin — it is absolutely delicious and there are things that you could not include in your libretto, but which are perhaps the most charming, for example, the scene with the 4 saints

Thank you, dear friend, for the good news that you give me about the growing success of your couplets from "The Queen of Spades". I hope that you will eventually be encored. It was very nice of you to have written me this little note.

I should be very sorry if what I have to say about your libretto upsets you, but in any case I wanted to wholly sincere. I am profoundly convinced that you have made a magnificent libretto for a ballet, but not an opera — or at least it is not an operatic subject suited to me, to my individual musicality. Have you shown in to the Director? I think that he will be delighted, but in the same sense as myself. Only do you not think that the ending contained in the Légende would be more poetic than yours? Whereupon, I shake your hand cordially and beg you once more not to be angry with me.

Yours ever,

P. Tchaikovsky

P. S. I must add that when reading your libretto I imagined all this in Russian. In this language (perhaps because it is my own, or because it is the genius of this language that everything that is not real, or down to earth, so to speak, does not fit), your subject loses a great deal. But what seems to me impossible as the subject for a Russian opera, ceases to be so as soon as I imagine myself setting to music the beautiful fragments of verses you have chosen, but composing to the French text. In general I must justly acknowledge that you have thought a great deal about providing the musician with opportunities to deploy his skill and art. All of this is very musical. Only it is: 1) a subject for a ballet; 2) if necessary, a subject for French opera.

P. T.

Have you read Eduard Biré's books on Hugo? Do not read them unless you want Hugo as a man to wither in your imagination.

Notes and References

  1. On 10/22 October 1891, Bogomir Korsov sent Tchaikovsky a scenario he had written for an opera based on Victor Hugo's story La Légende du beau Pécopin et de la belle Bauldour (1842).
  2. This word was omitted from the typed copy of the letter.