Letter 355

Date 17/29 July 1874
Addressed to Bogomir Korsov
Where written Nizy
Language French
Autograph Location unknown
Publication П. И. Чайковский. Полное собрание сочинений, том V (1959), p. 359–361
Notes Manuscript copy in Klin (Russia): Tchaikovsky State Memorial Musical Museum-Reserve

Text and Translation

Based on a handwritten copy in the Klin House-Museum Archive, which may contain differences in formatting and content from Tchaikovsky's original letter.

Russian text
(original)
English translation
By Brett Langston
Nisy
le 17 Juillet 1874

Mon cher ami!

Il est fort malheureux pour moi que votre premiere lettre se soit egarée car ayant expliqué votre silence et celui d'Orloff, — qui à notre dernière entrevue à Moscou m'avait promis de me renseigner sur la date approximative de la mise en scène de mon opéra et n'a pas songè à le faire, — par la raison que Berger ne voulait plus le donner, j'ai arrangé mon train de choses de manière que toute excursion, soit à Odessa, soit ailleurs, me devient en ce moment sinon impossible du moins pénible. J'ai entrepris une grande cure d'eau de Karlsbad qui me fait un bien infini et il serait imprudent de l'interrompre. J'ai entamé aussi une grande oeuvre musicale qui s'est emparé de toute mon âme au point que rien en dehors d'elle ne m'interessera aussi longtemps que je ne l'aurai terminée.

Mais vous me direz: «Que diable! quand il s'agit de son opéra on plante là son Karlsbad et on accour vite jouir du charme d'entendre son oeuvre bien exécutée». A cela je dois vous répondre et vous expliquerai pourquoi l'idée de m'arracher à la douce quiétude que j'éprouve ici et de courir à Odessa pour devoir y repasser par les affreuses angoisses qui m'ont si cruellement torturé à Petersbourg, — pourquoi cette idée m'épouvente et fait «rizzarsi il crine» sur ma tête.

Tant que la mise en scéne de l'Опричник à Petersbourg se heurtait contre toute espéces d'obstacles, je brulais du desire de l'entendre chanter; mais dès la premiere répétition, à mon indicible stupeur, j'ai vu que c'était un opéra complètement manqué et depuis lors l'audition de l'Опричник est devenue pour moi une souffrance horrible. Modéstie à part, je sais bien que par-ci par-la il s'y trouve de jolies choses, mais le tout, le tout! C'est absurde, froid et assommant! Je crois que si l'opéra à un semblant de succès, ce n'est qu'un succès d'estime motivé par mes compositions précédentes et aussi par le zêle et la considération dont jouissent les artistes qui l'interprètent. Pour m'attirer à Odessa vous me dites que la Lavrofsky s'est chargée du rôle de Морозова! Mais ce qui me dèsespère précisement, c'est que des artistes comme elle et comme vous tous perdent leur temps et dépensent leurs talents, leurs savoir-faire à paraître dans les rôles ingrats, froids, sans effet, monotones! Vis-à-vis de mes artistes-interprètes j'eprouve un sentiment très-penible et tres humiliant, celui de leur devoir tout, sans rien avoir donné. Tout cela, je vous le dit sous le sceau de la confession, en me confiant à votre discrétion, car tout en dénigrant mon opéra, je ne veux pas qu'on le sache et que l'improbation de l'auteur influe sur l'opinion publique. Je me felicite de ce que l'amitié personnelle chez les — uns et la bienveillance pour mes capacités chez les — autres ferment les yeux à tout le monde sur les défauts énormes de l'Опричник. Si Berger le donne à Odessa, si Setoff veut le monter à Kieff, c'est qu'on y trouve du bon; tant mieux pour moi et de loin je serai heureux de suivre le sort flatteur de mon opéra; mais de près, — vous ne sauriez croire à l'intensité de mes souffrances à l'entendre et surtout à le voir. D'un autre côté, je suis terriblement tourmenté à l'idée que les artistes et Berger m'en veulent de n'être pas venu. Je vous supplie d'annocer a tout le monde que je suis malade et que cela seul m'empêche de venir les admirer. Et du reste, est il vrai que la présence du compositeur contribue à l'eclat de l'oeuvre! Et puis qui sait si le public d'Odessa (qui n'est pas comme celui de Petersbourg favorablement prévnue en ma faveur) ne la sifflera pas? Venir de loin pour voir crouler son opéra, cela n'est pas amusant. Après tout il est certain que je serait venu comme en avais l'intention, si grâce à la ferme conviction que l'opéra ne serait pas donné, je ne m'etais completement deshabitué à compter sur cette excursion. Ce n'est que par votre lettre que j'ai appris qu'on donnerair l'Опричник. De grâce, mon cher ami, ecrivez moi et donnez moi quelques détails. Surtout ne m'en veuillez pas, je sais combien je suis votre obligé et serais très malheureux de vous être désagréable. Mille salutations à M[ada]me Raab, à Orloff, Velinsky, Berger et tous ceux de Petersbourg qui se trouvent actuellement à Odessa. Que devient la charmante et sympathique Крутикова.

Votre dévoué,

P. Tschaikowsky

Адрес: Харьковская губерния г[ода] Сумы. Предводителю для передачи П. Ч.

Nizy
17 July 1874

My dear friend!

It is most unfortunate for me that your first letter went astray, because having interpreted that the reason for your silence and that of Orlov — who at our last meeting in Moscow had promised to inform me about the approximate date of the production of my opera, and I thought had not done so — was because Berger no longer wished to give it, I have arranged my itinerary so that any excursion, whether to Odessa or elsewhere, is either impossible, or if not impossible, then at least painful. I have undertaken a great cure with the Carlsbad waters, which is benefiting me infinitely, and it would be unwise to interrupt it. I have also embarked upon a great musical work which has seized my entire soul, to the point that nothing outside of it will interest me until I have finished it.

But you say to me: "To hell with that! When his opera is to be performed he should fly from Carlsbad in order to enjoy the pleasure of hearing his well-executed work". To this I must answer you and explain why the idea of tearing myself away from the sweet tranquillity that I am experiencing here, and to fly to Odessa in order to experience again all the dreadful anguish which tormented me so mercilessly at the Petersburg staging — why, this whole idea terrifies me and makes my hair stand on end.

So much of the production of The Oprichnik in Petersburg ran into all sorts of obstacles, when I had a burning desire to hear singing; but from the first rehearsal, to my unutterable astonishment, I saw that this opera was a complete flop, and since then hearing The Oprichnik has become a horrible endurance. Modest aside, I know that here and there are some nice things to be found, but the whole thing, well it's absurd, cold and tiresome! I believe that if the opera has a semblance of success, then it is only a succès d'estime, motivated by my previous compositions and also by the zeal and appreciation for the artists performing it. In order to entice me to Odessa, you say that Lavrovskaya has taken on the role of Morozov! But precisely what drives me to despair is that artists like her, and like all of you, are wasting your time, expending their talents and displaying their skills in order to appear in such thankless, cold, ineffectual and monotonous roles! I feel so much pain and humility towards my interpreting artists, that they are dutifully giving everything, without having been giving anything. I tell you all this under the seal of confession, trusting in your discretion, while denigrating my opera, because I do not want anyone to know this, and for the author's disapproval to influence public opinion. I welcome the fact that because of personal friendship on the part of some, and benevolence towards my abilities in others, everyone is turning a blind eye towards the enormous flaws in The Oprichnik. If Berger gives it in Odessa, if Setov wants to mount it in Kiev, this means they have found some good in it; so much the better for me, and I shall be happy to follow the flattering lot of my opera from afar — but you cannot believe the intensity of my suffering to listen to and especially to see it first hand. On the other hand, I am terribly tormented by the idea that the artists and Berger shall be offended if I do not come. I beg you to tell everyone that I am unwell and that this alone prevents me from coming to admire them. And besides, it may be true that the presence of the composer contributes to the brilliance of the work! But then who knows if the Odessan public (which unlike that of Petersburg is not favourably inclined towards me) won't hiss it? It is no fun to come from afar to see your opera go to pieces. After all, I certainly would have come as intended, had it not been for the firm conviction that the opera would not be given, and I would not have counted on completing this journey. It was only through your letter that I learned The Oprichnik was to be given. Be so kind, dear friend, to write and give me some details. Above all, do not be angry with me, as I know how much I am obliged to you and it would be very disagreeable for me to be unpleasant to you. A thousand greetings to Madame Raab, Orlov, Velinsky, Berger, and all those from Petersburg who are currently in Odessa. And what of the charming and sympathetic Krutikova?

Your devoted,

P. Tchaikovsky

Address: Kharkov province, town of Sumy. To the marshal, for forwarding to P. T.